La Bulgarie est-elle la nouvelle destination tendance ?

Longtemps cantonnée à l’image d’une destination bon marché, un peu périphérique et surtout fréquentée par les voyageurs avertis, la Bulgarie est en train de changer de statut.

Le pays attire davantage de Français, séduit une clientèle plus jeune et bénéficie d’un intérêt croissant pour l’Europe centrale et orientale. Selon un article publié récemment par Le Figaro, les réservations vers la Bulgarie ont progressé de 5,9 %, dans un contexte où l’intérêt des Français pour l’Europe de l’Est aurait augmenté de 8,8 % au premier semestre 2026.

En 2024, plus de 13 millions de touristes étrangers ont visité le pays, selon les données de l’ONU Tourisme citées par le quotidien.

À moins de trois heures de vol de Paris, désormais membre de la zone euro, la Bulgarie cumule plusieurs arguments : vols souvent accessibles, patrimoine culturel dense, montagnes, stations thermales, villes historiques et littoral sur la mer Noire.

Mais si la destination devient tendance, elle n’est plus forcément aussi « low cost » qu’autrefois.

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Une destination qui séduit de nouveaux voyageurs

Sofia reste la principale porte d’entrée du pays. La cathédrale Alexandre-Nevski, les vestiges de l’ancienne Serdica ou encore le boulevard Vitocha en font une destination facile pour un long week-end.

À quelques heures de route, le monastère de Rila reste l’une des grandes excursions classiques, tandis que Plovdiv, Nessebar, les massifs du Rila et du Pirin ou encore les stations thermales permettent de construire un voyage beaucoup plus large.

C’est cette diversité qui semble aujourd’hui attirer une nouvelle génération de voyageurs.

La guide touristique et tour-opératrice Slavena Etugova, fondatrice de Terre sacrée Bulgarie, constate une nette évolution du profil des visiteurs français.

« La Bulgarie avait beaucoup plus de touristes français dans les années quatre-vingt parce que c’étaient des groupes organisés », explique-t-elle.

Aujourd’hui, la clientèle francophone serait davantage composée de voyageurs plus jeunes, venus « en aventure », qui organisent eux-mêmes leur séjour, réservent leurs chambres et leurs billets d’avion, et circulent de manière indépendante.

Cette évolution correspond assez bien à l’image actuelle de la Bulgarie : une destination encore accessible, mais qui se prête particulièrement bien au voyage autonome.

 

Des séjours encore très abordables

Les prix restent évidemment un argument majeur.

Interrogée par Le Figaro, la créatrice de contenus Sacha Maradoudine raconte avoir passé trois jours en Bulgarie, principalement à Sofia, avec une excursion au monastère de Rila.

Son billet aller-retour avec Wizz Air, réservé trois mois à l’avance, lui aurait coûté 46 euros. Son hôtel trois étoiles, petit déjeuner inclus, lui serait revenu à 105 euros pour trois nuits.

Elle indique également avoir dépensé moins de 12 euros en transports pendant tout le séjour.

Budget total annoncé : 246 euros.

« Le métro et les bus coûtent bien moins cher qu’en France, et même les taxis restent très accessibles », souligne-t-elle.

Un exemple extrême, certes, mais qui montre qu’un séjour à Sofia peut encore rester très compétitif par rapport à de nombreuses capitales européennes.

 

Le boom des séjours en club

La Bulgarie ne séduit d’ailleurs plus seulement les voyageurs indépendants.

TUI France affirme observer une croissance de plus de 80 % des séjours en club dans le pays.

Le voyagiste y développe notamment le Club Lookéa Laguna Beach, à Albena, ainsi que le Club Marmara Les Magnolias, à Primorsko.

Le profil de la clientèle évolue également : la part des 40-49 ans aurait progressé de 30 % par rapport à l’été 2025, tandis que les départs en juillet-août en formule club avec enfants augmenteraient de 35 %.

Pour le voyagiste, « les destinations de l’Europe de l’Est connaissent une réelle montée en puissance auprès de la clientèle française ».

Autrement dit, la Bulgarie n’est plus seulement une destination de niche. Elle commence à entrer dans le radar du tourisme grand public.

 

Le mythe de la Bulgarie ultra low cost

C’est ici que l’image du pays devient plus complexe.

La Bulgarie reste globalement moins chère que la France ou que beaucoup de destinations méditerranéennes, mais son image de pays extrêmement bon marché semble de moins en moins correspondre à la réalité.

Slavena Etugova évoque ainsi une forte hausse des prix dans l’hôtellerie et la restauration, qu’elle attribue notamment à une « inflation par anticipation de l’euro ».

Selon elle, certains tarifs auraient même « doublé, voire triplé ».

Et elle donne une comparaison assez frappante :

« Manger en plein centre-ville d’Avignon dans un excellent restaurant revient moins cher que de déjeuner dans le centre de Sofia. »

La formule est volontairement forte, mais elle résume bien une tendance : la capitale bulgare n’est plus le paradis des petits budgets qu’elle pouvait être il y a encore quelques années.

L’agence Amslav Tourisme fait un constat similaire : « De nombreux voyageurs français gardent l’image d’une destination ‘très bon marché’, ce qui correspond de moins en moins à la réalité. »

La montée en gamme de l’offre touristique, l’inflation et l’adoption de l’euro contribuent progressivement à réduire l’écart avec l’Europe occidentale.

 

Une destination encore compétitive

Cela ne signifie pas pour autant que la Bulgarie soit devenue chère.

Un autre voyageur interrogé pour les besoins de l’article, Rémy Lafont, qui a passé près de trois semaines dans le pays, parle encore de chambres d’hôtel autour de 45 euros la nuit, jusqu’à environ 125 euros pour des établissements plus haut de gamme.

Dans un bon restaurant, il estime qu’un repas entrée-plat-dessert coûte environ 20 à 30 euros.

« C’est moins cher que dans le sud de la France ou qu’en Espagne par exemple », résume-t-il.

Les voyagistes observent la même chose sur les circuits plus structurés.

Amslav Tourisme estime qu’un autotour de huit jours et sept nuits en hôtels quatre étoiles peut démarrer autour de 1 370 euros par personne en Bulgarie, contre environ 1 915 euros en Allemagne ou 2 025 euros en Autriche.

La Bulgarie reste donc avantageuse, mais le différentiel n’est plus forcément spectaculaire.

 

Une tendance qui dépasse la Bulgarie

Le phénomène concerne plus largement l’Europe centrale et orientale.

Pour Julien Lardy, directeur des destinations Europe centrale chez Comptoir des Voyages, « d’autres pays d’Europe de l’Est, encore confidentiels mais au fort potentiel, gagnent en visibilité ».

La Pologne en fait partie.

« Elle retrouve progressivement les faveurs des voyageurs français », observe-t-il.

La Roumanie, récemment intégrée au catalogue de Comptoir des Voyages, attire elle aussi davantage l’attention, tout comme la République tchèque au-delà de la seule Prague.

Ces destinations restent encore minoritaires dans les ventes des grands voyagistes, mais elles séduisent un public en quête d’authenticité, de patrimoine et de prix plus doux.

 

Une Bulgarie moins low cost, mais plus désirable

C’est peut-être finalement là que se situe le véritable changement.

La Bulgarie n’est plus seulement vendue comme une destination bon marché.

Elle commence à être choisie pour ce qu’elle offre : Sofia, Plovdiv, le monastère de Rila, les Rhodopes, la mer Noire, les villages, les stations thermales, la cuisine, les paysages et un patrimoine encore relativement préservé du tourisme de masse.

Son attractivité repose donc de moins en moins uniquement sur le prix.

Et paradoxalement, c’est peut-être justement parce qu’elle devient moins « low cost » qu’elle commence à changer de statut.

La Bulgarie est en train de passer de destination économique à destination tendance.


 

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