« Familia mea este în România », « Este important », « Limba română este o limbă latină »…
Même sans la moindre notion de roumain, un Français, un Italien ou un Espagnol reconnaît immédiatement des mots et des racines familières. À l’oreille, le roumain peut même faire penser au portugais.
Située en Europe de l’Est et entourée notamment par l’Ukraine, la Serbie et la Bulgarie, la Roumanie est pourtant régulièrement décrite comme « une île de latinité dans un océan slave ».
Une singularité qui, encore aujourd’hui, demeure largement inexpliquée.
Tout commence avec l’Empire romain
Au début du IIe siècle, l’empereur Trajan lance deux guerres contre le royaume de Décébale, dont le territoire correspond en partie à la Roumanie actuelle. En 106, Rome l’emporte et transforme une partie de la Dacie en province de l’Empire.
Soldats, fonctionnaires, commerçants et colons s’y installent. Le latin se diffuse progressivement parmi les populations locales.
Il ne s’agit pas du latin des discours de Cicéron, mais d’un latin populaire parlé quotidiennement dans l’Empire, celui qui donnera plus tard naissance au français, à l’italien, à l’espagnol, au portugais ou encore au roumain.
La présence romaine est cependant relativement courte. Moins d’un siècle plus tard, sous la pression croissante des Goths et face aux difficultés rencontrées sur la frontière du Danube, l’empereur Aurélien retire l’armée et l’administration romaines de Dacie.
Le grand mystère : comment le latin a-t-il survécu ?
Les siècles suivants sont marqués par une succession d’invasions et de migrations (Goths, Huns, Gépides, Avars, Slaves, Petchenègues, Coumans…) qui font disparaître les dernières structures politiques romaines.
Les pouvoirs changent et certaines langues de l’Antiquité parlées dans les Balkans, comme le dace ou le thrace, finissent par s’éteindre.
Le latin parlé dans cette région, lui, survit.
Et il le fait dans des conditions étonnantes. Pendant des siècles, le futur roumain reste avant tout une langue orale. Le premier document roumain conservé n’apparaît qu’au XVIe siècle. Les élites écrivent jusque-là dans d’autres langues, notamment en slavon, mais aussi en grec, en hongrois ou en allemand.
Entre la présence romaine dans les Balkans et les premiers textes roumains conservés, plus de mille ans s’écoulent presque sans traces écrites de la langue. Les linguistes savent que c’est précisément durant cette période que le roumain se forme et subit notamment une forte influence slave, mais son évolution reste difficile à reconstituer dans le détail.
Ce vide documentaire a nourri un débat historique toujours vivant. Selon la théorie de la continuité daco-romaine, des populations romanisées seraient restées au nord du Danube après le retrait des autorités romaines et auraient continué à y parler leur langue. D’autres hypothèses situent davantage la formation du proto-roumain au sud du Danube, avant des migrations ultérieures vers le nord, ou envisagent une population romanophone répartie de part et d’autre du fleuve. Faute de sources suffisantes, le parcours exact de cette langue pendant ces siècles demeure impossible à retracer avec certitude. Les travaux linguistiques contemporains soulignent eux-mêmes le caractère souvent obscur de cette histoire externe.
La langue se transmet donc essentiellement de génération en génération, sans véritable tradition écrite.

Elle change évidemment au passage. Les influences slaves, grecques, turques, hongroises et allemandes enrichissent son vocabulaire sans lui faire perdre son caractère roman. Selon les différentes estimations, plus de 60 % du vocabulaire serait directement d’origine latine, une proportion plus importante encore si l’on inclut les emprunts ultérieurs aux autres langues romanes.
Mais le paradoxe ne s’arrête pas là : lorsque le roumain commence finalement à être écrit, il l’est… en cyrillique. Le plus ancien texte roumain conservé, la lettre de Neacșu, datée de 1521, utilise cet alphabet.
La raison tient largement à l’appartenance des principautés roumaines au monde orthodoxe : le slavon d’Église est longtemps utilisé dans la liturgie, les textes religieux et les chancelleries. Lorsque le roumain commence à prendre davantage de place à l’écrit, il reprend donc naturellement l’alphabet de cet environnement culturel.
Un regain de latinité au XIXe siècle
Dès la fin du XVIIIe siècle, en Transylvanie, des intellectuels comme Samuil Micu, Gheorghe Șincai ou Petru Maior mettent fortement en avant l’origine latine de la langue roumaine.
L’École transylvaine ne se contente pas d’étudier cette filiation : elle veut aussi la rendre visible. Petru Maior regrette notamment que l’écriture cyrillique masque l’origine latine des mots roumains. Pour ces intellectuels, passer aux caractères latins devient à la fois un choix linguistique et une affirmation identitaire.
Au XIXe siècle, systèmes cyrilliques, latins et intermédiaires coexistent quelque temps. Puis l’alphabet latin s’impose autour de 1860. La date accompagne la naissance de la Roumanie moderne : en 1859, la Moldavie et la Valachie viennent d’élire le même souverain, Alexandru Ioan Cuza.
La question de la langue prend alors une telle importance qu’elle devient l’une des premières missions de l’Académie roumaine, fondée en 1866. L’institution doit fixer l’orthographe, élaborer une grammaire et entreprendre un dictionnaire de la langue roumaine. Cette mission de normalisation linguistique reste encore aujourd’hui présentée par l’Académie comme l’une de ses fonctions historiques fondamentales.
Le changement d’alphabet ne règle d’ailleurs pas immédiatement tous les problèmes. Un débat oppose les latinistes, qui souhaitent une orthographe étymologique faisant apparaître le plus clairement possible les racines latines, aux défenseurs d’une écriture plus proche de la langue réellement prononcée. Une première réforme officielle intervient en 1881.
Bonne nouvelle pour les Français
Cette histoire nous laisse au moins un avantage : contrairement au bulgare ou au hongrois, le roumain offre immédiatement à un francophone de nombreux mots et racines familiers. Son apprentissage est donc beaucoup plus accessible et les premières bases peuvent être acquises assez rapidement.
Et si vous partiez à la découverte de Bucarest ?



Mais pourquoi acheter un guide de voyage en 2026 ? Google vous propose des milliers de résultats, l’IA peut générer des centaines de recommandations en quelques secondes.
Sauf que ni Google, ni l’IA ne vous donnent :
- une VRAIE SELECTION D’ADRESSES, pas des listes interminables à comparer
- les contacts des MEILLEURS GUIDES FRANCOPHONES de la ville
- des RÉDUCTIONS auprès de nos partenaires… qui REMBOURSENT le prix du guide
- des PROGRAMMES prêts à suivre qui valent largement ceux des agences de voyage
- des CARTES INTERACTIVES directement accessibles sur votre téléphone
Et le tout pour moins cher qu’un restaurant !
Mieux : si vous n’êtes pas 100 % satisfait, envoyez-nous un simple courriel pour être remboursé sur le champ, sans discussion.
